Il y a un an, un siècle, une éternité
-Tu me suis ?
Je n’hésitais pas un instant et suivais la cadence de son pas.
La rue Sainte Anne était déserte, la ville dormait paisiblement si familière et pourtant méconnaissable, vide, statique, jaunie par l’éclairage publique trop vif.
Mon guide me fit prendre des chemins de traverse et bientôt la grande artère commerçante n’était qu’un vieux souvenir; rue de Sherbrooke, parc la Fontaine, rue St Denis puis l’avenue des Pins… la fatigue me prenait aux jambes les rendant de plus en plus lourdes et le rythme de la marche en fut ralenti. Comprenant mon épuisement il me prit la main et comme pour me redonner des forces entremêla ses doigts aux miens ; sa paume fraîche contre la mienne me saisit, il tourna sa tête dans ma direction, me sourit et m’embrassa dans le cou.
Je savais où il me menait, le parcours entamé un peu moins de deux heures auparavant arrivait bientôt à son terme.
Les réverbères s’éteignirent. Nos pupilles encore dilatées par la lumière artificielle se fixèrent sur cette énorme tache jaune, rouge et ocre touchée de plein fouet par les premiers rayons du soleil. Devant nous et encerclé par la ville étouffante, le parc du Mont Royal entrait en scène. Comme je continuais à avancer, il se mit derrière moi, me prit par la taille pour stopper ma marche. Ses bras agrippant mon buste, il se blottit contre mon dos, posa son menton contre mon épaule et me murmura à l’oreille…
-"C'était l'automne, un automne où il faisait beau. Une saison qui n'existe que dans le Nord de l'Amérique...". Tu sais, tu ne verras jamais cela sur ton vieux continent. Faut pas croire ce que disent les journaux… C'est précisément à cette période de l’année que les Amérindiens réintégraient leurs quartiers d'hiver dans les forêts, quittant le bord des rivières et des lacs. Les Blancs qui s'installèrent plus tard, observant cette animation des indiens à cette période l'appelèrent littéralement "l'été des Indiens" : Indians' Summer.
26/09/05 - 13:46
A watercolour from Marie Laurencin [www]
1constant (visiteur)